Dans une petite ville située près de Seattle, durant les 70's, les adolescents sont touchés par une étrange MST appelée "La crève" , à l'origine de mutation physiques qui les marginalise. Certains, trop atteints pour maintenir un niveau minimum d'intégration, sont amenés à s'exhiler dans la forêt dans des campements de fortune. L'histoire s'axe sur un petit groupe de lycéens qui sera irrémediablement bouleversé par l'arrivée de la maladie dans leur vie.
Avis : Black Hole est un ovni , une oeuvre singulière que l'on ne peut croiser sans qu'elle laisse une trace. Situé entre le récit d'horreur, le récit initiatique et l'allégorie, l'histoire nous fait suivre le parcours chaotique de ces adolescents paumés par essence, que rien ne prédestinait à connaître de telles épreuves.
La force du récit est de parvenir à plonger le lecteur dans l'univers et les émotions des protagonistes : la métamorphose physique de la maladie fait ainsi écho à celle des adolescents, le sentiment d'attraction/répulsion lié à la sexualité, la violence des amours flinguées par la maladie, la mort et le sexe omniprésents...et le monde, la société, que l'on rejette et que l'on recherche desesperemment à la fois.
"Black Hole" , c'est bien cela : nous sommes plongés dans un trou noir dont on imagine difficilement pouvoir se sortir...noir comme l'histoire, noir comme le graphisme, noir comme ces destins fauchés et ces sentiments perdus. La question que l'on se pose c'est "où l'auteur veut il en venir? Où cela nous mènera t il ?"
C'est glauque et desesperant...et vivant en même temps.
La fin tombe, un peu abrupte, comme la vie sur deux histoires qui commencent et se terminent en même temps. Finalement, c'est à chacun de puiser dans Black Hole ses propres reflexions.
L'ombre du SIDA L'histoire se situe dans les années 70's, la "crève" s'y insinue comme le SIDA dans les années 80. L'insouciance n'est pas de mise : elle vous tue. Mais la crève ne tue pas physiquement : c'est une misère morale, une solitude, un isolement...qui existe à des degrès plus ou moins profond, selon le niveau de métamorphose. Le malade est rejeté car différent, mais il se rejette lui même...ne comprenant pas cette métamorphose, ce "monstre" qu'il devient. Le malade quitte violemment la norme qui lui semblait parfois étouffante pour tomber dans une "non existence" totale.
La métamorphose La "crève" ne touche que les adolescents, la catégorie de la population qui change le plus. On ne voit jamais les adultes rejetter clairement ces teenagers étranges, et on ne voit qu'une ou deux fois d'autres ados le faire. C'est généralement plutôt la peur et le désarroi voire la compassion qui dominent face à la maladie. S'il est clair que certains d'entre eux, défigurés, auraient des difficultés à s'intégrer dans cette société conventionnelle des 70's ...d'autres n'ont que des expressions discrètes de la maladie. Qu'est ce qui peut les pousser alors à s'exhiler dans la forêt , à abdiquer tout espoir d'intégration sociale, à quitter foyers, familles et amis, rêves d'avenir ? Pourquoi cette évidence frappante ?
Le sexe et la mort Les deux thèmes sont intimement liés durant tout le récit. Chris contracte la maladie en faisant l'amour dans un cimetierre, Keith est hypnotisé par la belle Eliza, clairement malade...dans les deux cas, le sexe fait figure de roulette russe. Chris n'a pas voulu entendre Rob lorsqu'il a voulu lui dire qu'il était atteint et Keith ne semble que plus obsédé par Eliza du fait qu'il connaisse les risques.
On retrouve aussi dans le côté horrifique de l'histoire des thèmes clés des films d'horreur pour teenagers : ce sont ceux qui ont "pêchés" qui finiront mal ...ainsi, c'est le sexe qui amène la maladie et ce sont les adolescents touchés par la crève qui disparaissent dans d'étrange circonstance, manifestement emportés par une entité encore plus monstrueuse. Là aussi, la sexualité est tout autant dangereuse et effrayante qu'elle est attirante.
L'horreur Elle revêt deux formes dans cette histoire : la forme morale et conventionnelle des vieux films d'horreur mais aussi une forme plus organique.
La maladie déforme les corps : les peaux sont rongées, l'épiderme devient vivant, il se fissure, se déforme, s'arrache. Cette réalité s'exprime aussi au travers des rêves et cauchemars des personnages principaux. Cette horreur "graphique" est tout aussi sexuelle que les autres. Ici le "Black Hole" est une reférence évidente aux sexe de la femme, que l'on retrouve souvent en tant qu'ouverture / déchirure laissant s'exposer des entrailles ou toutes sortes d'élements inconnus. L'element liquide est tout aussi régulièrement représenté : dans ce lac qui tiendrait presque du marais, on s'y baigne, y sombre , s'y noit presque, s'y enfonce, en réalité ou en rêve.
Ainsi, Black Hole est une oeuvre complexe et riche offrant une multitude de lectures différentes à celui qui en parcours les pages. Si le thème horrifique et dramatique peut rebuter au premier abord, et si l'histoire peut rendre perplexe, l'oeuvre mérite que l'on s'y attarde.